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Entraîneur national de Taekwondo à l’Institut National du Sport (INSEP) 2013 à 2019 – Ceinture noire 6ème Dan – 2 fois vice champion du monde 2001 et 2003 – Champion du monde universitaire -Vainqueur des Universiades 2003 – Vainqueur Coupe du monde 2001 – 7 fois Champion de France

1/ A ton avis quelle place joue le mental dans la performance ?

Fin prêt pour une compétition ,alors qu’il s’est parfaitement bien entraîné, qu’il a mis au point la tactique qu’il allait utilisé, que tous les ingrédients du succès sont réunis , il arrive à un sportif de s’écrouler.

Pour moi , la force mentale est un élément clé de la performance.

Quand on parle de modèle de performance on parle des facteurs physiques, tactiques, techniques et le mental, pour moi, est le ciment de tout cela.
En effet, je suis intimement convaincu que cet élément a été déterminant dans la balance de mes échecs et de mes succès.

2/ Au cours de ta carrière as tu travaillé avec un préparateur mental ?

J’ai été sensibilisé par une amie sophrologue et à partir de là j’y ai porté un intérêt important, je me suis révélé cela m’a permis de franchir un palier. Après ma non sélection pour les Jeux Olympiques de 2004 j’ai fait une descente aux enfers, j’ai décidé de m’entourer de spécialistes, de personnes complémentaires à mon projet de performance.
J’ai donc fait appel à un préparateur mental. Ce préparateur mental c’est un peu imposé à moi. On m’a offert un livre « Champion dans la tête » écrit par François Ducasse et Makis Chamalidis. Cette « bible » de l’entraînement mental me sert encore aujourd’hui de compagnon de route car elle est consacrée au parcours de champions et s’appuie sur de nombreux exemples concrets et transférables dans notre quotidien
En 2006, j’ai rencontré un de ces auteurs à qui j’ai demandé de collaborer. Et il m’a accompagné jusqu’aux jeux de 2008. Son travail était essentiellement axé sur des stratégies pour améliorer ma confiance.

3/ En quoi consiste la préparation mentale du sportif et comment la travaillais tu au quotidien ?

En fait, nous avions identifié un champ large d’intervention sur lequel il me fallait me perfectionner pour arriver à atteindre mes objectifs olympiques (fixation d’objectifs, gestion des émotions, peurs identifiées, correction et/ou automatisation d’un geste spécifique à la discipline, …).
Par conséquent nous avons travaillé avec des méthodes incluant beaucoup d’imagerie ,de visualisation mentale ainsi que des outils de questionnements.

4/ Qu’est ce que cela t’a apporté dans ta pratique du haut niveau ?

Concrètement cela a amélioré ma confiance en mes capacités à « transformer mon rêve en un objectif atteignable ». Un renforcement de ma régularité mentale et comportementale étaient nécessaires pour développer mon potentiel et le cultiver sur une carrière de 16 ans à haut niveau. ( gestion des émotions / concentration / autonomie / éthique)

5/ A quel moment de la carrière d’un sportif est il plus important de travailler le mental ?

Le plus tôt possible, et je rajouterai même dès le début. Dès qu’un jeune entre dans le sport de haut niveau il a besoin d’apprendre à se connaître, principalement pour gérer ses émotions. Il est très important d’acquérir cette forme « d’intelligence »pour pouvoir se concentrer sur soi même, être en alerte sur ses sensations, son niveau, sa surcharge physique ou émotionnelle et surtout faire preuve d’empathie envers les autres.
Dans les pays nordiques notamment en Suède, les enfants, dès leur plus jeune âge, apprennent à se préparer psychologiquement à diverses situations. De ce fait, ils ont par exemple des cours de relaxation pour canaliser leurs émotions et vaincre les effets néfastes du stress.

6/ Est-ce que tu penses que cela peut éviter certaines blessures ?

Avec certitude je répondrai oui, être à l’écoute et avoir conscience de soi même permet de faire les bons choix pour garder notre corps sain et en bonne santé.

De plus, la préparation mentale nous donne un avantage certain pour canaliser notre énergie afin de l’utiliser à bon escient. C’est un formidable outil de prévention des blessures.

7/ Quand tu prépares une olympiade est-ce que tu envisages une montée en puissance ou est-ce qu’il faut se montrer régulier dès le début ? T’imposes-tu des points de contrôle ?

Ce qui est important dans la relation et la collaboration avec le préparateur mental est la confiance. Cela sous-entend de la régularité dans la mise en place d’outils que le préparateur mental va nous donner pour optimiser tel ou tel facteur (autonomie, implication, concentration, centralisation, respiration, visualisation, fixation d’objectif, automatisation ou perfectionnement d’un geste).
L’athlète va tester, s’entraîner avant d’assimiler tout cela dans son processus d’entraînement. Lorsque les outils seront alors maîtrises et validés, le préparateur mental pourra superviser ou réguler de temps en temps et peut-être optimiser un détail afin que l’athlète soit prêt à l’instant T. Le but est que l’athlète soit en autonomie. Une fois que les bases sont établies et le travail intégré par l’athlète il ne sera là qu’à la demande pour des ajustements.

8/ Quelles sont les principales difficultés auxquelles doit faire face un sportif de haut niveau ?

C’est vraisemblablement la gestion du stress. A l’approche d’une compétition, il est normal que le sportif soit stressé car son premier objectif est a priori de gagner. Durant la compétition il arrive que s’installent la peur de l’échec et un certain manque de confiance en soi. Certains sportifs vont aussi se mettre une pression en projetant les attentes de leur entourage (famille, entraîneurs) et cela peut avoir des conséquences sur la performance sportive. Dès lors l’entraînement mental va lui permettre d’atteindre son meilleur niveau de performance compte tenu de ses propres potentialités. Soit s’y adapter, vivre avec lui et ainsi le surmonter, soit tenter de le vaincre avec des méthodes propres à chacun.
Une autre difficulté est la gestion de la contre performance. Nous l’avons tous connu à un moment ou à un autre et un sportif devra y faire face dans sa carrière et apprendre à la gérer. Cette contre-performance peut être définie comme un échec, une défaite ou tout simplement lorsque les objectifs fixés n’ont pas été atteints. C’est un passage douloureux et délicat à appréhender pour le sportif et son staff mais ce passage peut aussi s’avérer comme source de réussite future. Et pour cela, le sportif de haut niveau devra s’en servir, s’appuyer dessus pour progresser et rebondir toujours plus haut.
Le coach mental sera un sérieux atout dans cette remise en question. Ce qui lui permettra d’établir des repères objectifs sur lesquels il pourra s’appuyer pour se remotiver et se remobiliser pour une échéance future. Des pistes de travail seront alors mises en avant, avec des objectifs ciblés en parfaite adéquation avec le processus d’entraînement.

9/ Cela t’arrive t’il de te remettre en question, si oui de quelle manière ?

Je me suis remis en question lorsque je n’ai pas été sélectionné pour les JO 2004. Ce fut un passage douloureux et délicat à appréhender. En effet, j’ai décidé de tout remettre à plat pour faire un bilan diagnostic en m’appuyant sur les retours des différentes personnes qui ont eu un rôle dans ma préparation. C’est une vraie remise en question, il faut se contraindre à revenir sur les causes de ces échecs, prendre du recul et se poser les bonnes questions : « Pourquoi » et « Comment » y remédier pour atteindre son prochain objectif.

La fameuse citation de Mandela prend alors tout son sens : « je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends.»

Cette étape a fondamentalement changé ma conception de l’entraînement qui a évolué au fur à mesure des échanges, des rencontres et des défis qui se sont présentés. Cet expérience a également contribué à ce que l’entraîneur en devenir puisse mieux appréhender une problématique et le travail d’équipe ; celui qui concerne l’athlète ou l’ensemble des individus qui composent un groupe en vue d’un objectif identifié.
10/ Quelles sont les qualités d’un sportif de haut niveau ?
La qualité première d’un sportif de haut niveau est sa capacité de résilience. C’est la capacité de transformer son échec en une force motrice pour se surpasser et en ressortir grandi. Une personne résiliente comprend qu’elle est l’architecte de sa propre performance et de son projet sportif
Apprentissage de l’humilité, nécessité de réorienter son entraînement, acquisition de l’expérience, analyse de ses forces et de ses faiblesses, étude de la concurrence, sont autant d’éléments que l’on apprend à appréhender pour surmonter les échecs et construire le succès.

11/ Aujourd’hui en tant qu’entraîneur comment intègres tu la préparation mentale dans tes séances ?

A mon avis la préparation mentale doit être inhérente à tous les niveaux de processus d’entraînement des sportifs …..Par exemple, au début des séances je répète sans cesse à mes athlètes que l’échauffement doit être non seulement musculaire et physiologique mais aussi mental.
Comme pour un muscle, je travaille au quotidien leur force et leur endurance mentale.
Je parle souvent de repousser le seuil de rupture, c’est la limite de la résistance mentale par rapport à l’enjeu, au stress, et tout cela est lié aux exigences de la discipline.

A niveau égal c’est bien souvent la force mentale et la gestion des émotions qui fait la différence lors d’une compétition à fort enjeu.


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