quintuple championne de France entre 2004 et 2010, championne d’Europe en 2007, championne de France de sambo combat en mars 2015 et vice championne du monde de MMA amateur 2015. Combattante professionnelle depuis septembre 2018 à l’American Top Team en Floride.

1/ A ton avis quelle place joue le mental dans la performance ?

La préparation mentale c’est la priorité en fait

De là découle toute la mise en action des réponses, de l’envie et des décisions prises. L’inconscient doit être préparé.

2/ As tu travaillé tu avec un préparateur mental au cours de ta carrière?

Oui, de différentes manières.

J’avais consulté Makis Chamalidis co-auteur du livre « Champion dans la tête » et d’ailleurs son livre est devenu mon livre de chevet. Il a une bonne méthodologie, une bonne compréhension des sportifs.

Le sport de combat c’est très particulier, on ne joue pas à la boxe, on joue au foot, au tennis mais la boxe on y va pour se battre.

J’ai aussi fait appel à un Hypnothérapeute, mais je n’ai pas donné suite parce que cela m’a fait peur, cela allait chercher trop loin dans ma tête. J’ai eu peur que cela me desserve.

3/ En quoi consiste la préparation mentale du boxer, du combattant et comment la travaillais tu au quotidien ?

Avec Makis Chamalidis, les séances étaient très centrées sur l’objectif à l’instant T, travail sur les freins, les faiblesses, les peurs. On analysait mes adversaires. On partait du principe qu’il fallait se préparer au pire, instaurer des habitudes à l’entraînement par exemple quand je suis dans le rouge c’est le déclencheur il faut que j’attaque. Faire en sorte que l’inconscient soit prêt.

Jusqu’à l’âge de 28 ans je n’ai pas eu besoin de préparation mentale. Quand tu es jeune tu es fougueux, tu prends des risques et souvent tu es récompensé. Puis tu commences à prendre quelques peurs et quelques échecs. Et c’est là que j’en ai ressenti le besoin.

4/ Qu’est-ce que cela t’a apporté dans ta pratique de la boxe de haut niveau ?

Je n’ai jamais fait d’accompagnement sur de longues périodes, chaque fois deux mois environ. Cela a porté ses fruits quand je me suis retrouvé dans des moments de désespoir où tout me semblait perdu par moment. Dans ces moments-là tu as besoin d’une petite voix qui te ramène à la réalité et qui insuffle un mot qui peut tout changer, un mot ça te sauve parfois.

Par exemple j’avais un combat de sélection important j’avais les deux épaules blessées, mon préparateur mental a trouvé le mot pour me mettre en action, et de là j’ai trouvé la force en moi, d’un seul coup j’ai commencé à avoir beaucoup moins mal aux épaules.

5/ A quel moment de la carrière d’un boxer de haut niveau est-il plus important de travailler le mental ?

Pour moi c’est bien de prévoir, en prévision des futurs revers que l’on va essuyer. Cela peut être bien d’anticiper un suivi mental dès le début d’une carrière, mais en même temps il ne faut pas priver quelqu’un de sa créativité.

Pour moi le moment le plus important est après le premier revers, tout de suite, pour sortir de sa situation et éviter de gamberger.

6/ Quelles sont les principales difficultés auxquelles doit faire face un boxer de haut niveau ?

Il y en a tellement….

La boxe c’est un sport très précaire si tu veux en faire à haut niveau soit tu trouves un travail qui te libère une à deux fois par jour pour t’entraîner, soit tu choisis la précarité.

Ensuite devoir s’adapter aux adversaires, tu prends beaucoup de coups durs, la boxe c’est un sport dur. Quand, après un coup tu as la tête qui tourne, tu n’es plus lucide, ne pas céder à la panique sinon l’instinct de survie prend le dessus et lui il est pas là pour y retourner il est là pour te protéger, on n’a pas le contrôle c’est un mécanisme tellement inconscient…

Je t’en donne deux mais il y en a tellement.

 

7/ Cela t’arrive-t-il de te remettre en question, si oui de quelle manière ?

Oui, après toutes les défaites et mêmes les entraîneurs le font. Pour moi un bon entraîneur c’est quelqu’un qui est capable de se remettre en question. Ce n’est pas seulement le combattant qui échoue, c’est l’équipe qui échoue, bien qu’on soit seul dans le ring il y a un travail qui est fait derrière une espèce de cohésion d’équipe.

Je repense à mes combats, j’analyse et je vais faire en sorte de ne pas refaire les mêmes erreurs.

8/ Quelles sont tes sources de motivation lorsque cela va un peu moins bien ?

Je pense à une phrase que me disais ma mère.

Elle me disait quand j’étais jeune « quand tu traverses l’enfer ne t’arrête pas de marcher » en gros soit tu t’arrêtes et tu brûles soit tu continues et tu mobilises ce que tu as de mieux.

Quand j’ai commencé en pro en MMA les premiers temps j’ai volé j’ai pris des coups durs j’ai persévéré et puis, après un certain temps, je ne me suis plus laissé faire. Ce n’est pas parce-qu’il y a une défaite à l’entraînement que c’est terminé. J’ai gratté 1 cm puis 1 cm puis un autre jusqu’à 1m puis 2m et arriver au niveau des filles que j’avais en face de moi.

9/ Quelles sont les qualités d’un boxer de haut niveau ?

La faculté d’adaptation, c’est plus ou moins ça dans tous les sports.